« 12 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 37-38], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.149, page consultée le 25 janvier 2026.
12 janvier [1843], jeudi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour, je t’aime. Je
me
suis couchée bien tristement cette nuit, car, malgré ton avertissement, j’avais
toujours espéré que tu viendrais me dire un petit bonsoir. Tu ne l’as pas pu mon cher
adoré et je l’ai bien regretté. J’ai bien regretté de n’être point en ta chambre pour
faire ton feu, pour envelopper tes chères petites jambes dans ta peau d’ours, pour
réchauffer tes belles petites mains dans les miennes et pour t’empêcher de veiller
toute la nuit comme un pauvre homme trop dévoué que tu es. Au lieu de cela, je me
suis
couchée bêtement comme une femme inutile que je suis, ce qui n’est pas juste car je
devrais avoir ma part de ton travail, et même la plus grande part si cela se donnait
selon l’amour qu’on ressent. Rien ne m’attriste plus, mon cher adoré, que de me savoir
un être inutile quand je te vois te multiplier et travailler sans relâche pour tous
mes besoins et pour ceux de tout le monde. Malheureusement, tous mes regrets
n’aboutissent à rien et ne font pas que tu ne passesa la moitié des nuits et tous les jours à travailler comme un
chien. Pauvre ange adoré, sois béni et heureux dans tous ceux que tu aimes et que
Dieu
te conserve la force et la santé surhumaine dont tu as joui jusqu’à présent.
Comment va ton petit garçon ce matin ? Toujours de mieux en mieux n’est-ce pas ?
D’ailleurs M. Louis dit qu’il n’a pas de
fièvre. Ainsi rien n’est à craindre, heureusement, pour les suites de l’imprudence
du
gamin.
Je voudrais que tu tâchasses de penser à m’apporter du papier ; voici la
troisième fois que j’en achète depuis le jour de l’an. Pauvre ange, je ne sais pas
comment tu feras pour penser à cela, avec toutes tes affaires si sérieuses et si
ennuyeuses, mais je te le dis pour mémoire. Je t’aime mon Victor adoré.
Juliette
a « passe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
